Festival BACH de lausanne
Baroque Academy

« Bach & la Renaissance »

 

« BACH & LA RENAISSANCE »

     À propos du choix des œuvres et de leurs interprètes

 

La Passion selon saint Matthieu et la Messe en si comptent parmi les œuvres les plus monumentales de Johann Sebastian Bach. Dans la jeune génération de chefs baroques, nous avons choisi Aapo Häkkinen et Stefan Gottfried, tous deux fervents admirateurs de Nikolaus Harnoncourt, le fondateur du mythique Concentus Musicus Wien. Citons Erich Höbarth, fameux soliste et Konzertmeister de l’ensemble, lorsqu’il décrit la ligne esthétique et la rhétorique musicale basée sur l’agogique propre à la musique de Bach : « Ces risques, c’était une pause perceptible avant une nouvelle phrase, ici un accent un peu plus large, là une suspension infime, mais essentielle. Nikolaus Harnoncourt cherchait constamment une flexibilité rythmique, une carrure presque appuyée aux basses, autorisant cet envol et cette diversité des chants. » Harnoncourt n’a pas seulement été un exceptionnel interprète des chefs-d’œuvre, il a toujours eu aussi le souci du détail permettant d’atteindre la profondeur du style. Bach, en effet, ne demande pas que l’on joue ses œuvres seulement avec joliesse, ni avec des tempi inappropriés. L’écriture même de ses partitions autographes nous montre un élan extraordinaire, des accents, une force propulsive, mais aussi, tout à la fois, de la rondeur, de la souplesse et une grande délicatesse.

Après avoir tenu avec talent et conviction les parties de clavier dans un concert de cantates célèbres de Bach sous la direction de René Jacobs (c’était en 2014, à l’Opéra de Lausanne, pour notre festival), Aapo Häkkinen vient enfin diriger lui-même son jeune et dynamique Helsinki Baroque Orchestra. À l’église Saint-François, et comme Bach l’avait fait à Saint-Thomas de Leipzig pour le double-chœur de la Passion selon saint Matthieu, il placera le premier chœur au parterre, et le deuxième à la tribune de l’orgue. Et Stefan Gottfried, le remarquable successeur de Harnoncourt, après nous avoir laissé, en 2018, un souvenir inoubliable du Magnificat avec son Concentus Musicus Wien et le Tölzer Knabenchor, nous revient pour la Messe en si, en compagnie du chœur viennois Chorus sine nomine et d’un quatuor de solistes vocaux de premier plan. Ce qui nous intéresse est de découvrir les visions nouvelles et personnelles de ces deux chefs hors du commun, qui plus est dans ces œuvres de dimensions gigantesques !

La Messe en si et les Vêpres. De par leur esthétique en stile nuovo, leur théâtralité, et le rôle révolutionnaire qu’elles ont eu à la Renaissance, les Vêpres (1610) de Monteverdi occupent une place incontournable dans l’histoire de la musique sacrée. Bach, avec la Messe en si, déploie lui aussi une richesse et une grande diversité artistiques reposant sur la langue latine dans la tradition de l’office catholique. Mais si Monteverdi rejette le stile antico de Palestrina, Bach, un siècle plus tard, devait conserver cette écriture ancienne qu’il juxtapose au style moderne, notamment par la « réunion des goûts », selon l’expression de François Couperin (1724).

Le musicologue Daniel R. Melamed souligne que, pour Bach, le but de la Messe en si, de par son idéal cosmopolite et un style déjà proche de la musique concertante et instrumentale de l’ère classique, n’était pas a priori d’enrichir le culte luthérien – quand bien même Luther utilisait autant l’allemand que le latin – ni les messes catholiques romaines, mais qu’il s’était plutôt lancé à lui-même un défi autant artistique que personnel pour se mesurer à la brillante tradition de la mise en musique du texte intégral de la messe ordinaire.

Un autre musicologue, George B. Stauffer, affirme même que la Messe en si est une manière de réponse historique aux Vêpres de Monteverdi. Pour s’en convaincre, nous vous proposons de comparer le Gloria Patri du Magnificat des Vêpres et l’Agnus Dei de la Messe en si. Vous serez sûrement bouleversés par la beauté incomparable de ces deux pages.

Place des Motets dans le répertoire sacré de Bach. Les Motets, contrairement aux autres œuvres vocales de Bach, ont essentiellement été écrits pour des événements spéciaux, tels que des odes à la mémoire des défunts ou des cérémonies commémoratives. Pleinement influencé par l’art d’éminents musiciens de sa famille du centre de l’Allemagne, notamment Johann (1604-1673), Johann Christoph (1642-1703) et Johann Michael (1648-1694), Bach a choisi pour ses propres motets des textes plus libres que ceux adoptés dans les Passions ou dans les Cantates, issus de poèmes et des Évangiles.

À l’exception de quelques pièces de la Passion selon saint Matthieu, du Osanna de la Messe en si ou encore de la Cantate profane BWV 215, Preise dein Glücke, l’écriture à double-chœur est propre aux Motets de Bach. Trois possibilités s’offrent aux interprètes : les chanter a cappella, ou colla parte en doublant chaque voix avec des instruments, ou bien encore avec un accompagnement instrumental réduit à une basse continue. C’est cette dernière option que La Chapelle Rhénane de Benoît Haller a choisie. Formé d’excellents chanteurs solistes, cet ensemble est ainsi à même de traduire une écriture qui atteint un haut degré de perfection. Les Motets de Bach sont de fait unanimement considérés comme des sommets de la musique polyphonique. En 2016, ces interprètes nous ont magistralement offert l’intégrale des Motets de Haendel. Ils ont par ailleurs gravé au disque une version géniale des Psaumes de David de Schütz. En leur confiant les six Motets de Bach, nous avons là la promesse d’un grand concert de musique sacrée !

Les œuvres sacrées appartiennent autant à la liturgie qu’à la musique hors liturgie. Bien interprétées, elles ressortissent à une musique intemporelle, toujours actuelle.

Magie de la musique de la Renaissance. S’il est difficile de savoir jusqu’à quel point Bach a aimé et étudié les œuvres de l’époque de la Renaissance, il est en revanche certain que les musiques de la Renaissance et du Baroque partagent la même exigence d’une écriture de haute qualité. Côté Renaissance, nous vous proposons quatre concerts exceptionnels. Tout d’abord, les Vêpres de Monteverdi, interprétées par Jean Tubéry et ses musiciens de La Fenice et ses Favoriti, tous solistes de longue expérience de la musique italienne et infatigables chercheurs. Les conceptions musicales de Jean Tubéry sont toujours hors pair. Ses Vêpres ne manqueront sûrement pas de nous procurer d’intenses émotions.

Si Bach s’est imprégné de toutes sortes de danses qu’il a même exploitées jusque dans ses œuvres sacrées, les divers répertoires de la Renaissance ne furent pas en reste. De part et d’autre, ces musiques ont été avant tout chorégraphie. À preuve, le célèbre duo Hille Perl et Lee Santana, qui nous offre un programme fait de variations passionnantes et de danses conjuguant lyrisme et rebondissements rythmiques multiples, le tout conduit avec un goût des plus sûrs.

Avec Giovanni Antonini et ses illustres musiciens d’Il Giardino Armonico, vous découvrirez un voyage musical inédit, du XVe siècle au premier baroque. Des paysages nostalgiques, des fleuves en abîme, des chemins quasiment « jazzy », nous plongeront tour à tour dans les ivresses d’une fête pleine de panache.

L’ensemble des « violes dans les concerts », comme l’appelait, en France, Mersenne dans son Harmonie universelle (1636/37), se développa particulièrement en Angleterre à travers une riche et savante écriture polyphonique aux courbes nobles, teintée parfois de mélancolie, de spleen comme on le dira plus tard, et faite aussi de surprenantes et brusques aspérités, conservant ainsi, sous des airs paisibles, un esprit vivifiant. Les musiques de consort sont des musiques que le jeune Bach a spécialement appréciées et admirées, notamment grâce aux compositeurs nordiques tels que Buxtehude et Nikolaus Bruhns, eux-mêmes sous l’influence des musiciens scandinaves qui connaissaient et pratiquaient ces trésors de la musique anglaise. Chez Bach, son amour de la musique polyphonique savante tient probablement au fond même de sa nature, de son aspiration au divin, et cela depuis son plus tendre âge.

Laurence Dreyfus n’est pas seulement un excellent joueur de viole de gambe, ce qui lui a valu de remporter plusieurs prix internationaux avec son ensemble Phantasm. Il est aussi un musicologue érudit, doublé d’un grand spécialiste de Bach ! Nul doute qu’il nous guidera, dans cette soirée dédiée à cette si vibrante et sublime « English Consort Music », aux portes mêmes de L’Art de la fugue d’un certain Johann Sebastian.

Concerti : éblouissant ! Entre la Renaissance et l’ère galante, ou classique, les œuvres de style concertant, si prodigieusement uniques chez Bach, occupent une place prédominante.

Déjà vers 1709, le jeune Bach d’à peine vingt-cinq ans est très attiré par le genre concertant, recopiant de sa propre main un concerto de Telemann et celui à 5 d’Albinoni. Cela bien avant qu’il n’étudie radicalement, au cours de sa période de Weimar, tous les modèles vivaldiens, transcrivant de merveilleuses partitions d’orchestre à l’orgue ou au clavier. À Köthen, il achève six Concertos brandebourgeois de longue haleine pour lesquels il s’est inspiré de la remarquable diversité stylistique des Concerti grossi de Corelli. Bach a ainsi énergiquement développé son esthétique pourtant déjà singulière : on y trouve un effectif instrumental spécifique, proche des sonorités de l’orgue, et des couleurs, des formes, des affetti et un langage rhétorique très différents de ses prédécesseurs. Tout cela se retrouve notamment dans le 5e Brandebourgeois, considéré comme le premier concerto pour clavier, caractérisé par une extraordinaire cadence au clavecin et, pour la première fois dans l’histoire de la musique européenne, par l’utilisation de la flûte traversière comme solo.

Francesco Corti, chef et claveciniste, digne successeur d’Andreas Staier à Bâle, et Evgeni Sviridov, lauréat entre autres du Premier prix Bach de Leipzig et du Premier prix de Musica antiqua de Brugges, sont accompagnés de leur très brillant ensemble Il Pomo d’Oro, constitué de solistes de renommée internationale. Une virtuosité plus qu’époustouflante est ici à savourer sans modération !

 

Kei KOITO
Fondatrice et directrice artistique du Festival
www.kei-koito.com

 

 

 

Veuillez aussi consulter « À propos de la création du Festival »

 

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. En savoir plus

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. En savoir plus