Festival BACH de lausanne
Baroque Academy

Commentaire personnel de Leila Schayegh

Les sonates pour clavecin obligé et violon (sei suonate a cembalo certato e violino solo) ont été le centre de notre duo depuis le début il y a bien plus que dix ans. Nous nous sommes trouvés comme jeunes professeurs à Karlsruhe et voulions nous présenter en concert ensemble – l’intégrale des sonates obligé fut le choix. Depuis ce concert, nous avons grandi avec ces œuvres, et elles se sont développées avec nous. Sans trop parler, juste en écoutant, en laissant l’espace à l’autre et à sa voix nous avons approfondi peu à peu notre collaboration. C’est pour ce travail quasi sans mots, certainement sans disputes que ce fut tout à fait naturel de rester à deux avec l’exception d’un seul disque.

Pour le festival Bach de Lausanne nous avons choisi de combiner Bach avec son grand contemporain romain, Archangelo Corelli.  Malgré la tradition de nos jours nous restons à deux même pour la partie italienne de notre programme. Ce n’est pas pour rien que Corelli intitule sa célèbre collection op 5 avec les mots sonate a violino e violone o cimbalo – donc pour violon et violone ou clavecin. Avec la richesse de la basse continue italienne c’est en effet un luxe dispensable d’avoir une basse d’archet en plus. Et pour nous ça change tout : pouvoir réagir juste entre deux personnes donne une liberté qui est très proche à celle de l’improvisation. Et, faite étrange, en face du pouvoir d’un claveciniste sachant réagir à sa façon très forte, des sonates virtuoses comme celles de Corelli ressemblent du coup plus à des duos à deux voix égales qu’à des œuvres célébrant uniquement le violon.

Nous avons choisi ces six sonates parce qu’elles nous tiennent au cœur, pour garder la balance entre majeur et mineur, pour montrer aux amateurs que c’est tout à fait possible d’ornementer Bach et pour dire aux professionnels qu’on peut garder les ornements de Corelli car elles sont très beaux et ce n’est pas toujours nécessaire de tout réinventer. Chaque sonate a son propre caractère : la sonate en la majeur de Bach est brillante, concertante, effervescente. Celle en sol majeur de Corelli est majestueuse et au même temps tragique. La sonate en mi majeur de Bach je l’appelle la joie de la tristessecar elle fait penser à la mort, mais aussi à toute la souffrance qu’on laisse derrière soi avec elle. La tonalité de la fa majeur de Corelli nous porte au déjeuner sur l’herbes pendant que la do mineur nous apporte une atmosphère douce et au même temps sévère. Pendant que La Follia– ben c’est bien la folie !

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